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27.3.14

Lee Ufan





La peinture et la sculpture ne sont pas les seules œuvres d'art.
Tout ce que nous désirons regarder est œuvre d'art.
Un graffiti sur un mur est aussi une peinture, une étendue sur la terre est aussi une peinture.
Une image imaginaire est une peinture.
Un édifice urbain est une sculpture, les rochers des montagnes sont des sculptures.
Un concept créateur est une sculpture.
Pourtant, ceux-ci, dépourvus de contraintes et en pleine liberté, sont insaisissables.
Aimer impose une restriction délicieuse.
Pour atteindre une relation plus profonde et une libération un peu plus intense,
Je veux retenir le monde pendant un certain temps dans un espace étroit.
Quand je veux m'entretenir en secret, c'est sur la toile,
Quand je veux toucher tout le monde, c'est sur une place publique.
Même si je sens que je n'ai pas réalisé une belle oeuvre,
Attendant l'occasion, je ne ménage pas mes efforts pour me concentrer sur mes gestes.
En cherchant une rencontre touchante, avec l'amour dans mon regard plein de désir.


In "L'art de la résonance" p 253


25.11.13

François Jullien












 




La conquête de l'objectivité est une avancée théorique - héroïque - de l'Occident, redonnant sens à cette appellation douteuse. C'est à penser sa possibilité que s'est attachée la philosophie; c'est elle qui a permis le succès vérifié de la science; c'est à sa représentation que s'est vouée passionnément, y quêtant l'illusion du vrai, la peinture classique.
Mais cette construction rationnelle de l'objet n'a-t-elle pas enseveli d'autres possibilités de cohérence resurgissant génialement, par effraction, dans la peinture moderne et dans la poésie?
C'est au désenfouissement d'une telle intelligence qu'invitent de leur côté, en toute sérénité, les Arts de peindre de la Chine ancienne que nous abordons ici: en traitant d'une image qui ne se laisse pas cantonner dans l'exiguïté de la forme, mais se transforme par respiration du vide et du plein, et écrit dans les polarités du paysage l'incitation qui tend la vie.
F.J.




22.6.13

Pur Rien (blog)






 

 

 

Inadaptée à l’étendue, la ligne ne trouve de certitude
que dans la promiscuité de jointures et de creux. 
Elle obscurcit l’incommensurable par un point 
qu’elle allonge jusqu’à satiété.
Il est en elle davantage de poussière, 
le miracle d’une figure 
 restera à jamais inaccompli. 

François Jacqmin

 

  http://purrien.

8.12.12

29.9.12

François Jullien






« Du beau, on n’a cessé, au fil des siècles, de remettre en question les critères et les conceptions ; de faire varier les définitions. Mais s’est-on jamais interrogé sur ce préalable, déposé dans la langue, celui de pouvoir dire simplement : « le beau » ? A-t-on jamais sondé, en effet, sur quel socle enfoui « le beau » est juché ? Lui, la grande cheville ouvrière de notre métaphysique : nous apprenant à quitter la diversité du sensible pour l’unitaire de l’ « idée » ; comme aussi, en retour, nous frappant d’effroi – d’émoi – par son absolu faisant irruption à même le visible. Seule issue restante, dès lors, depuis que les dieux sont morts, pour nous forger un salut. Or la pensée chinoise n’a pas isolé – abstrait – « le beau ». En faisant travailler cet écart, je souhaite dégager d’autres possibles ne se rangeant pas sous la monopolisation du beau ; par suite, explorer d’autres fécondités que l’art contemporain, en guerre ouverte avec le beau, peut rencontrer. De quoi du moins sortir le beau des lieux communs qui l’épuisent : pour le rendre à son étrangeté. » François Jullien





18.5.12

Lee Ufan














"Un jour d'automne alors que j'admirais les feuilles mortes
 éparpillées dans mon jardin à Kamakura, ému par ce spectacle, 
j'eus une idée. Je décidai de balayer mon jardin entièrement, 
puis je ramassai juste quelques feuilles, les dispersais à nouveau, 
et je n'en fus que plus réjoui. La véritable création ne s'exerce pas
 à partir de rien, mais en décalant ce qui est déjà là pour rendre
 plus évidente la fraîcheur du monde."

22.10.11

Lorsqu’en 1959, au cœur de Manhattan, Miles Davis s’enferme dans une église désaffectée transformée en studio pour enregistrer à la tête d’un incroyable « dream sextet » (John Coltrane, Bill Evans, Cannonball Adderley, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb), l’album Kind Of Blue, il fait beaucoup plus que de graver le disque de jazz le plus connu et le plus vendu à ce jour à travers le monde : il met en marche une révolution musicale dont on mesure probablement encore mal aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, les limites et la portée.
Ce livre explore cette incandescente odyssée. S’il existe de nombreux ouvrages sur le mystère Kind Of Blue, celui-ci est en effet unique en son genre. Au fil de ces pages érudites et passionnées, mais d’une limpide évidence, le journaliste Richard Williams retrace les correspondances entre ce chef d’œuvre absolu de Miles Davis et bon nombre des avant-gardes culturelles de son époque. Analyse son impact sur le jazz à venir, de Keith Jarrett à Jan Garbarek, en passant par l’esthétique du label ECM. Souligne son influence déterminante sur les compositions de Terry Riley, Steve Reich ou La Monte Young. Met à jour, enfin, son héritage sur le rock de Soft Machine, du Velvet Underground ou de Brian Eno et même… sur le funk torride de James Brown ! Bref, éclaire un pan entier de l’histoire de la musique contemporaine sous un jour nouveau. Sous une lumière bleue qui n’en finit plus de briller.


21.10.11

 la PEINTURE CHINOISE (Encyclopédie de)
Le Kiai-Tseu-Yuan Houa Tchouan ou "les Enseignements de la Peinture du Jardin grand comme un Grain de Moutarde" est un "traité fondamental [qui] rassemble les plus vieilles lois de l'esthétique extrême-orientale ; il recueille les instructions et les exemples des plus grands maîtres sans donner la préférence à une école particulière ni à une époque déterminée", ainsi que le présente dans sa préface son traducteur, Raphaël Petrucci. C'est au XVIIe siècle que ce traité a été composé, reprenant les leçons des maîtres de la peinture classique traditionnelle de la Chine. En ce sens, il constitue une encyclopédie, commençant par une exposition des méthodes et techniques de la peinture chinoise, et se continuant par dix livres accompagnés de planches et abordant "les arbres", "les pierres", "les Jen-wou", "les paysages", "les iris et les orchis", "les bambous", "le prunier", "les chrysanthèmes", "les plantes herbacées et les insectes", "les plantes ligneuses et les oiseaux". Cette édition est précédée d'un vocabulaire des termes techniques, et suivie d'un index des noms des peintres et personnages cités dans le texte.

télécharger en PDF ici

29.6.11



"Le sens ce n'est pas ce que cela veut dire, c'est ce vers quoi ça va."


Bernard Noël : " L'espace du poème" P.O.L.





22.6.11

Antonio Machado

Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout ; voyageur,
Il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins Des chemins sur la mer
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant.
Marcheur, ce sont tes traces
Ce chemin, et rien de plus ;
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se construit en marchant
En marchant se construit le chemin,
Et en regardant en arrière
On voit la sente que jamais
On ne foulera à nouveau.
Marcheur, il n'y a pas de chemin,
Seulement des sillages sur la mer.

Antonio Machado, Campos de Castilla, 1917
(Traduction de José Parets-LLorca )

19.6.11

Collage

L'artiste travaille une œuvre scindée : il peint une partie du tableau, comment est-il porté à peindre l'autre partie ? Il vit dans son corps la question de les mettre ensemble, de les articuler. Il ressent ce travail de déchirure et de recollement.

Ce collage veut rompre la platitude des formes et des modes d'être. Et chacun en a fait l'expérience lorsqu'une épreuve l'a mis à plat, qu'il doit recoller les morceaux, chercher des greffes de vie, se raccrocher à des fragments d'altérité, des bouts de rappels ; bref relancer la partition de sa mémoire.

Le collage déclenche un langage qui confronte une forme à ses fantômes, à ses altérations. La partie prise pour le tout, le tout pris à partie et faisant face "s'expliquent" ensemble. Dans un travail créatif il y a toujours deux langues. C'est vrai dans chaque langue en état de création : un mot se laisse couper par d'autres mots pour que surgisse l'inattendu ; de même, un geste et une couleur se laissent couper pour déjouer l'inertie des formes, et jouir de leurs différences - sensuelles, sexuelles. L'artiste fait se "toucher" des parties de l'œuvre ; il les fait se rencontrer, s'aborder, se parler, s'aimer. Il y a la surcharge, la surimpression, le côte à côte, le bord à bord, la juxtaposition, le recoupement… C'est aussi varié que deux corps côte à côte qui vont ensemble. Quand "ça colle", la tension entre deux "sens" les fait jouir l'un de l'autre ou les guérit l'un par l'autre. L'être ou le vide séparait les parties, l'œuvre surmonte la coupure et un plus de dimension émerge.

L'acte créatif se tient entre l'abandon à "ce qui vient" et le choix rigoureux ; la spontanéité et le travail acharné. Tout cela est d'un seul tenant (Rilke), le tenant de l'être, de part et d'autre de la faille.

collage d'idées puisées dans :


19.2.11








Transformer le monde entier en espace intérieur.
Rilke








28.11.10





La vie naîtra


là


où tu porteras ton attention.




10.10.10

Bernard Noël

« Le noir est la seule couleur intérieure et le seul savoir est d'en faire une porte »